Identification Email Mot de passe
Votre panier est vide
Recherche par mots clés :
 (titre, auteur, mots-clefs, thèmes, ...)
Interview
Photo de l'auteur

Rencontre avec...
Vincent Knock

Interviewé le 24-02-2010

Ouvrages concernés :
Edilivre : Vincent Knock, votre premier livre, « Le début de rien », est disponible aux éditions Edilivre. Quelle est son histoire ? Comment est-il né dans votre tête ? Comment l'envie de l'écrire vous est-elle venue ?
« Le début de rien » raconte les histoires croisées de personnages en couleurs, tapis dans des corps nébuleux et englués dans des existences répétitives, mais avec des rêves. Nouant tour à tour des rapports schématiques autour des bacs des disquaires, des distributeurs à café, dans des couloirs sans fin, des appartements étriqués ou des salles de concert dans la grisaille lilloise. Autant de points de passages, existentiels, captant les individus comme des êtres en mouvement, mais toujours guettés par l'inertie définitive. Avec en toile de fond des histoires d'amour contrariées, des quêtes éperdues pour obtenir un tant soit peu de reconnaissance dans un siècle finissant. Mais le thème central du livre est la difficulté à entrer dans le monde adulte avec tout ce qu'elle implique de compromis. Voilà pour le décor !
L'impulsion pour écrire ce roman m'est venue assez tard. Disons qu'ado je n'écrivais pas et je lisais assez peu, je me disais tout le temps que ce genre de connerie n'était pas pour moi : s'enfermer délibérément pour s'avaler un pavé de plusieurs centaines de pages m'apparaissait suspect. Je passais le plus clair de mon temps à jouer dans un groupe de musique (pour l'aspect créatif) où à faire du skate-board (pour le côté sportif), souvent avec les mêmes potes. Et puis comme les groupes ne sont pas faits pour durer, je me suis retrouvé seul à ruminer dans mon coin. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à lire comme une brute, avec le sentiment que j'avais pris vachement de retard. Comme j'étais en fac, j'avais beaucoup de temps pour moi. J'ai écrit deux romans historiques sur l'Allemagne des années 30, à mon goût trop marqués par ce qui faisait déjà et qui a suscité une mauvaise réaction d'un éditeur connu. J'ai donc passé du temps à chercher mon sujet.
Entré en institut de formation des professeurs après plusieurs années de vie active je me suis trouvé confronté à une génération qui n'était plus la mienne. Nous avions grandi avec « Star Wars » et Atari et eux ne juraient que par « Harry Potter » et Playstation. Certains profs stagiaires avaient dix ans de moins que moi avec leurs propres références culturelles, un langage commun, complètement décomplexé et prêt à bouffer de la vie. De quoi vous filer un sacré coup de vieux, à tout juste 30 ans ! Je voulais donc évoquer cela avant de tourner la page. Comme quand on fait le tour d'une chambre d'hôtel une dernière fois, pour voir si on n'a rien oublié, avant d'éteindre la lumière et de refermer la porte derrière soi.
Edilivre : A-t-il été difficile de se retrouver devant une page à remplir ?
Disons que tout travail d'écriture nécessite de nombreuses recherches, lectures, notes, trame à suivre, etc. Je ne pars pas de rien. Je connais parfaitement l'endroit où je veux arriver. Reste le voyage entre le premier mot et le dernier qui restent, pour moi, un peu mystérieux. J'écris surtout le matin, très tôt, pour me dire que j'ai du temps. Je n'ai pas de rituel. Disons seulement que j'écoute de la musique pour empêcher d'entendre le ronron de mon ordinateur portable.
Edilivre : Par la suite, vous avez choisi de publier. Racontez-nous cette histoire. Qu'est-ce qui vous a encouragé ? Pourquoi Edilivre ?
J'avais fait paraître un essai de démographie historique chez Edilivre, il y a quelques mois. Cela à cause de la grande liberté qu'offre leurs services (un extrait, un feuilletage possible sur l'écran de l'ordinateur, fabrication de marque-page, d'affiche à l'effigie du livre, service de presse à diffuser aux libraires, dépôt du livre à la BNF, indexation dans les catalogues en ligne des principales librairies, choix de la version papier ou du téléchargement du livre), la rapidité d'exécution, mais surtout la qualité de leur travail de création et de fabrication de l'objet livre. La littérature étant devenue visuelle, c'est certain qu'une première de couverture réussie permet de gagner en visibilité, il était impensable pour moi de ne pas importer le livre sur la Toile. Bien entendu, le texte doit toujours faire ses preuves ! Edilivre est pleinement dans le sens de la « démocratisation du livre ». Une démocratisation qui ne doit pas être entendue comme un appauvrissement de l'offre d'édition. Un partenariat pour une œuvre de fiction comme « Le début de rien », s’est donc fait naturellement.
Edilivre : Au fil des chapitres, vous mettez en scène une jeunesse désabusée. Vous décrivez sa vie avec justesse, entre la fac et les bars, les appartements mal rangés et les concerts, les amourettes et la vie de famille. D'où tirez-vous cette connaissance du jeune ? Est-ce un revival de vos années fac ?
Même si les premiers romans « empreints » pour ainsi dire beaucoup à l'expérience personnelle d'un auteur, « Le début de rien » n'est en aucun cas une autofiction. Le traitement des portraits de chacun des personnages masculins ou féminins, avec l'utilisation de détails révélateurs pour leur donner des implications symboliques et philosophiques contribuent largement à donner à l'histoire une dimension existentielle universelle.
Mes thèmes de prédilections étaient : la nostalgie, le souvenir de jeunesse omniprésent, la force des sentiments ou la décrépitude. Je voulais écrire une sorte de « livre sur rien » cher à Flaubert, d'où le choix de mon titre. Car à cet âge, on passe plus de temps à chercher quelque chose même si on ne sait pas vraiment quoi. Je pense que les vies cabossées de ces héros pourraient n'avoir aucun intérêt si elles ne faisaient tant échos par certains aspects à la vie de chacun d'entre nous. Nos fameuses années de jeunesse « qui comptent double ou triple » et nous renvoient à un passé qui nous habite pour toute une vie.
Edilivre : Vos personnages ne vivent pas d'aventures extraordinaires. Ils n'entretiennent pas de relations complexes. Ils se laissent porter par leurs aspirations et par leurs désirs, jour après jour. Cette culture du normal et du quotidien, qu'on perçoit dans vos écrits, cela semble vous faire dire que personne ne devrait être obligé d'être exceptionnel, de faire de grandes choses. Qu'en pensez-vous ? Croyez-vous qu'il existe une sorte de pression sociale à l'exploit ?
C'est l'éternel dilemme : Vaut-il mieux être acteur de sa propre existence au risque d'aller au-devant de grave déconvenue où au contraire se préserver en se contentant d'en rester un simple spectateur ? De nombreux blogs encouragent l'individu assoiffé d'amour que nous sommes tous un peu à faire étalage de son quotidien banal à souhait, l'universalisant du même coup. Et les commentaires de nombreux êtres tout aussi esseulés ou paumés reçus quotidiennement achèvent de vous convaincre que vous êtes quelqu'un de spécial qui gagne à être connu. Pourtant, tout ça n’est qu’une illusion. Le philosophe Clément Rosset l'a très bien démontré dans le réel est son double : l'homme tente le plus souvent de fuir le réel, lui préférant la fabrication d'un autre monde pour ne pas voir celui qui est donné à voir. Échapper à la réalité commune et sensible de l'existence en s'inventant une nature virtuelle jugée plus importante. Cet état de fait est encore plus criant chez les jeunes qui connaissent les technologies depuis toujours à la différence des trentenaires qui les ont découvertes au sortir de l'enfance. Leurs maîtrises pour les jeunes en sont innées et non acquises. Enfants de la « bulle internet » en quelque sorte, les jeunes d'aujourd'hui ne se questionnent pas de savoir si Loana est une star ou non, elle est connue, peu importe les raisons. Les jeunes ne s'étonnent d'aucunes réussite, rien ne les inquiète. D'ailleurs, la réussite ne passe plus forcément par un apprentissage long et laborieux. Mieux, l'exploit est plus remarquable encore s'il n'a nécessité que peu d'efforts, de temps ou de contrainte pour atteindre sa cible. Cela touche de nombreux domaines : en littérature avec des auteurs affichant fièrement leur quinze ans comme principal argument de vente où en musique, avec le phénomène des bébés-rockers, par exemple. Au contraire, plusieurs personnages de mon livre sont hantés par la question du sens à donner à tout ça, cette course effrénée à la réussite signifie-t-elle vraiment quelque chose ? Comme l'affirme l'un d'entre eux : nous sommes la génération dont les parents ne sont pas satisfaits [...] malgré leurs deux voitures, deux enfants, une maison individuelle avec jardin ou une moto. Ce livre est aussi là pour ça : rappeler que la vie ne se résume pas à une histoire de train qu'on doit forcément prendre en marche sous peine de rester à quai, où à la traîne des autres. Refuser cette alternative c'est déjà choisir.
Edilivre : On ne peut pas dire que les personnages aient des repères stables. Ils aspirent à devenir mannequins, à investir le monde souterrain. Leurs idoles sont des métalleux. D'aucuns diraient que ces jeunes sont perdus, mais pas vous. Ils vivent quand même, ils se construisent quoi qu'il arrive, et deviendront des adultes comme les autres. Croyez-vous qu'il est dans la nature des aînés de critiquer la jeunesse ? De s'inquiéter à l'idée que leur monde sera demain en de telles mains ?
Il est dans la nature de la jeunesse de se construire en réaction à la culture de ses aînés. Les ruptures sont alors plus ou moins marquées selon les milieux socio-culturels, c'est certain. Même s’il est toujours intéressant pour une génération d'écouter les messages et valeurs véhiculées par les générations qui l'ont précédée, le propre de la jeunesse est de réinventer les cultures antérieures, de se les approprier en les mettant parfois à mal, pour que de ce terreau naissent de nouveaux modèles qu'ils soient sociaux, culturels ou économiques. À ce propos, l'exemple de l'industrie musicale qui n'a pas su amorcer son virage économique suffisamment tôt est particulièrement évocateur des craintes adultes pour cette culture jeune.
Edilivre : Visiblement, vous connaissez bien la scène lilloise, en plus de vous intéresser à la musique. Qu'en pensez-vous aujourd'hui ? Est-ce que vous conseilleriez Lille à un groupe qui veut se lancer ? Y a-t'il selon vous un style mieux représenté que les autres à Lille ?
Beaucoup de choses souvent très différentes peuvent s'écouter de ce côté de l'hexagone. La scène lilloise avec ses bars-concerts du vieux-lille ou du quartier Moulins a fait les beaux jours d'une scène pop rock anglais aux débuts des années 90, avant de quasiment disparaître au profit de formations plus métalleuses au tournant du siècle. Aujourd'hui, la scène rap régionale est une des plus actives. Mais curieusement, aucune formation régionale, quel que soit le style, n'a réussi à percer sur le plan national. Lille reste tout de même un endroit intéressant pour en découdre musicalement. Avec des températures fraîches même en été, son éternel rideau gris de nuages, il est certain qu'on aspire plus à s'enfermer dans une cave de pub pour s'éclater les tympans à coups de riffs de guitares que de subir les assauts répétés en terrasse d'une pluie lavasse dans son verre.
Edilivre : Maintenant que ça y est, que le livre est publié, qu'est-ce qui vous passe par la tête quand vous revenez sur cette aventure ?
Je me dis que ce qu'il y a de plaisant avec une publication c'est que ça arrête définitivement le processus créatif et qu'on va pouvoir se consacrer à autre chose. Même si on pense qu'on aurait pu écrire ceci ou cela d'une manière différente, retoucher un mot, une virgule, il faut savoir s'arrêter. Le livre publié signe un arrêt, comme une petite mort où une petite naissance, c'est selon.
Edilivre : Vous souhaiteriez publier à nouveau ? Peut-être avez-vous déjà un projet en tête ?
J’ai terminé un manuscrit intitulé Courant alternatif qui développe les mêmes thèmes à travers l'histoire d'une adolescente qui souhaite découvrir l’identité de son père. Est-ce cette rock star qui avait défrayé la chronique en 2001 en tuant sa compagne d'alors au cours d'une banale dispute et qui vient juste de sortir de prison pour la plus grande joie de ses nombreux fans ? Dans cette quête, elle sera aidée par un surveillant, pas si désintéressé que ça. ? Ce texte est une illustration d'une citation de Christian Authier, « Il est de certains êtres comme de certains pays, on n'en revient pas ». Où comment faire de la nostalgie un art de vivre !
Edilivre : À vous le mot de la fin
Il en est également de certains livres comme de certaines rencontres, la promesse de quelque chose d’autre. Même si je place plus de confiance dans la fiction.


Librairie
Editeur Indépendant Edilivre Edifree Edifree